Article Paru dans les DNA du dimanche 6 avril
2008.
Editorial/Société
Louis de Funès et Bourvil ne leur en voudront pas. Ils riront même de leur insolence , aux éclats peut-être , comme dans leur planeur défiant au gré des courants ascendants la ligne de
démarcation.
Ce week-end, en effet, "les Ch'tis" de Dany Boon dépasseront les colonnes de la "Grande Vadrouille" battant le vieux rec ord d'entrées en salles - 17
millions de spectateurs - réalisé par le film de Gérard Oury il y a plus de quarante ans.
Cette performance inattendue est évidemment réjouissante pour le cinéma français, mais elle est surout une excellente nouvelle pour notre pays tout entier. Elle révèle un état de santé bien
meilleur qu'on ne l'imaginait et constitue un indicateur plus vrai, sinon plus fiable que toutes les enquêtes d'opinion sur le moral des Français.
Car comment expliquer ce succès autrement que par un regard nouveau et décomplexé sur un particularisme régional?
Comment mieux illustrer une reconnaissance savoureuse de nos différences nationales qu'en plébiscitant ce scénario mêlant subtilement la drôlerie, l'autodérision et une ironie malicieuse sur les
préjugés? Voilà la tentation du repli sur soi et sur son pré-carré de fausses certitudes, spectaculairement battue en brèche. Bretons, Alsaciens, Auvergnats, Champenois, Méridionaux, Normands....:
tous se sont reconnus dans la bonne humeur de ces Nordistes chaleureux et accueillants qui assument sans susceptibilité leur accent, leur mode de vie, leurs habitudes et même leurs petits travers
locaux....
Le plébiscite de Bienvenue chez les Ch'tis rythme d'une tonalité singulière et significative la grande interrogation des Français sur leur identité. Consciemment ou non , ce précieux consensus
rejette la dérive que constituerait la recherche d'une introuvable uniformité définie à l'avance par des standards appauvrissants et cadenassé par des définitions édictées par un ministère ad
hoc.
Ah si l'humour permettait d'aborder la question de l'immigration avec autant de sérénité! Ah, si la fr&aîcheur du rire permettait à cette France qui change de se reconnaître - aussi- dans cette
autre diversité venue d'ailleurs qui désormais fait partie d'elle-même. Les Français savent-ils, d'ailleurs , que près de 40% des immigrés sont désormais Français, comme eux?
Il est temps , au delà de l'angélisme de l'abolition des frontières comme des fantasmes de "l'invasion", et dans le cadre d'une nécéssaire politique de contrôle des flux migratoires
débarrassée de l'obesession du chiffre et de l'affichage, de croire en une France à la fois ouverte et éternelle. La vocation de grand et vieux pays à l'orée du XXIème siècle.
Olivier Picard
Images jpg ajoutées à l'article, origine producteur du film-
Lundi 7 avril 2008
par prg68
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